Martin Page

Cher Martin,

J’ai commencé à vous écrire une lettre hier. Je suis en train de lire votre Manuel d’écriture et de survie, lui-même un livre de correspondance. Je ne l’ai pas encore fini, je le savoure lentement, mais l’idée de vous écrire s’est déjà formée dans ma tête. Je voudrais, tout simplement, vous dire combien votre livre m’a aidé à retrouver l’équilibre dans un moment difficile et stressant.

Quand je parle du livre, je ne me réfère pas seulement à son contenu. Celui-ci m’a permis la levée d’un rideau lourd, sombre et poussiéreux, pour découvrir derrière la transparence et la lumière—autant dire la sincérité et la lucidité de votre écriture. Mais ses qualités matérielles (dimension, poids, papier), la façon dont votre Manuel se tient dans la main, ont aussi des effets thérapeutiques, surtout pendant de la traversée de la pandémie du Covid-19. Tout instant passé loin de mon ordinateur est un plaisir plus intense en ce moment.

La lecture du Manuel d’écriture et de survie m’accompagne ces derniers jours comme un petit animal fidèle. Sa présence dans la pièce (sur mon bureau, sur la chaise, le canapé, la table de nuit, ou, comme à présent, la table à manger) fonctionne comme un antidote à mes distractions habituelles, addictives, offertes à profusion sur les réseaux. En reprenant sa lecture, j’ai le sentiment de retrouver petit à petit l’usage d’un membre disloqué. Je retrouve à nouveau une liberté et une souplesse d’esprit enfouies.

Avant de reprendre la lecture, mais pour ralentir l’approche de la fin, je fais une pause pour feuilleter les pages déjà lues. Page 27: “Il ne faut jamais oublier l’extrême fragilité de notre condition, et le combat que nous avons à mener pour survivre.” Page: 29 “Les livres sont des armes et des outils pour transformer nos vies.” Page 43: “J’écris pour équilibrer le rapport de force avec le réel. […] J’écris parce que l’encre sut le papier m’émeut. J’écris par plaisir, pour en recevoir et pour en donner.” Page 65: “Le couple est une manière de résister. La douceur qui y préside permet de faire barrage à l’horreur de la normalité.” Page 68: “Écrire dans une autre langue, même si on la maîtrise imparfaitement, est une aventure passionnante.” Page 103: “Si le mercantilisme est une blessure faite à la littérature, l’entre-soi des plus éduqués l’est tout autant.” Bon, je m’arrête là pour aujourd’hui. Il me reste encore quelques pages à lire. Puis, j’entame la liste “Du même auteur”.

Bien à vous,
Spyridon